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Sunday, August 12, 2018 2:42:49 PM






Le mythe daristophane explication essay 11NY A RIEN AU MONDE qui ne soit plus proche de nous que nos actions, et pourtant la logique qui sous-tend celles-ci est la chose qui nous est la plus étrangère. Selon Francis Ponge l'écriture poétique offre une solution à ce dilemme puisqu'elle vise à produire du bonheur pour son lecteur. "L'on devrait pouvoir à tous poèmes donner ce titre: Raisons de vivre heureux," écrit-il dans Proêmes ("Le Parti pris"c'est moi qui souligne). L'activité de "vivre heureux" devrait donc trouver sa justification profonde dans chaque poème (et non seulement dans ceux qu'un poète aurait écrits à cet effet), ce qui souligne le rapport réciproque qui existe entre le déchiffrement des formules poétiques et la construction continue par les lecteurs (y compris l'écrivain) d'une forme de vie qui est particulière à chacun d'entre eux. J'ai emprunté à Michel Deguy le mot-valise "poéthique" pour désigner cette réciprocité fondamentale entre la lecture des actes textuels et l'action tout court (Deguy ), une réciprocité que les pages suivantes ont pour but de clarifier. Le dilemme de l'action par lequel j'ai commencé est illustré par le mal- heur, un phénomène connu par tout individu et qui semble contredire l'axiome éthique selon lequel on agit toujours dans la perspective d'un bonheur quelconque (Aristote a19). L'expérience du malheur fait res- sortir l'opposition de deux principes tenaces: d'une part l'impératif éthique selon lequel il faut toujours agir (vivre "c'est la seule activité obligatoire à laquelle on ne puisse vraiment pas échapper", déclare Ponge ["Pratiques" ); et de l'autre, le principe de réalité selon lequel on est nécessairement contraint par les actions d'autrui et par les situations dans lesquelles on se trouve. Dans un court texte intitulé "Rhétorique" Ponge rejette le moyen par lequel certains essaient d'éviter cette opposition-notamment par le choix du suicide. Le suicide n'est pas seulement un acte contradictoire (parce qu'il refuse l'obligation d'agir tout en réalisant son propre projet fatal); il est aussi le contraire d'un geste poétique. Au lieu de relever le défi linguistique qui consiste à faire quelque chose par le moyen des mots, les victimes du suicide refusent l'impératif éthique et, par ce fait même, le statut d'un être humain. Ponge propose aux gens qui sont tentés par l'idée du suicide une guérison par le travail poétique. "C'est alors qu'enseigner l'art de résister aux paroles devient utile", écrit-il, car en apprenant à l'individu "l'art de fonder sa propre rhétorique" (c'est-à-dire une rhétorique active et changeante qui permet à l'énonciateur de se transformer par le moyen de ses propres actes de langage), on "sauve les seules, les rares personnes qu'il importe de sauver: celles qui [] peuvent [] à proprement parler changer la face des choses" ("Le Parti pris" ). Le problème du bonheur est donc une lutte Staff left terrified after large knife brandished during attempted robbery deux nécessités con- traires: d'abord, celle de la création de soi à travers l'action, qui est l'obliga- tion d'un faire dans le sens le plus large du terme (un faire qui s'approche du poiein grec ou valéryen), et ensuite l'apparente nécessité de mimer certains modèles d'action qui ont été sanctionnés par la pratique sociale. Selon Ponge, la littérature devrait nous faire entrer de plein pied dans cette lutte et nous obliger d'y prendre parti-c'est-à-dire, de lutter au nom des êtres qui ne font que subir les actions d'autrui. Prendre ainsi le parti des choses c'est donc intégrer le morceau de pain ou la cigarette (ainsi que d'autres éléments de ce que Ponge appelle "la nature muette" ["Nioques" ) dans un projet qui déborde les confins limités du soi-disant domaine référentiel d'un objet en soi. C'est se servir du monde des ustensiles pour résoudre les contradictions actancielles chez le seul animal qui importe à Francis Ponge, à savoir l'individu-et faire de sorte que celui-ci ne soit plus condamnéà être un simple outil parmi tant d'autres. Prendre le parti des êtres chosifiés ne revient pas seulement à "changer la face des choses", mais aussi à rendre aux êtres humains le pouvoir de se renouveler à travers un tel changement. La grande portée éthique du projet de Ponge ressort dans son livre Prafiques d'écriture, ou l'inachèvement perpétuel. "Je ne fais servir les mots qu'à me remettre en bonne humeur," déclare l'écrivain. "C'est pure pratique. Bon plaisir", continue-t-il(39). Ce qui pousse le poète à rechercher ainsi son aise, dans un mouvement que Raymond Jean a été un des premiers à souligner (), et que plus récemment Jean-Marie Gleize et Bernard Veck ont remis en valeur (), c'est la conscience du malheur. Ce malheur existe, pourtant, moins chez l'individu que dans le monde public des choses et des événements qui l'entourent. "Les infinies variétés d'erreurs de Dieu, ou de la Nature, ou de la Puissance, voilà ce que sont les choses et les créatures du monde," déclare le poète (42). A la page précédante nous lisons ceci: "ce qu'il s'agit de définir" dans un poème c'est "[lla particularité de la damnation de chaque chose". Le mot "damnation" ne traduit Comfortable Front Early Next Week - Being Weather Aware at Outdoor Venues simple- ment en termes moraux le manque de perfection formelle dont témoignent les objets réels (par exemple, le fait qu'aucune ligne droite n'existe dans la nature). Il indique plutôt que toute chose au monde est marquée par l'em- preinte d'une pratique humaine et contradictoire, et que la mise en relief de ces contradictions (ou "damnations") particulières nous permettra de res- taurer les divers équilibres humains. Dans un texte antérieur intitulé "Rai- sons d'écrire" Ponge déclare que le poète est "Honteux de l'arrangement tel qu'il est des choses, honteux de tous ces grossiers camions qui passent en nous, de ces usines, manufactures, magasins, théâtres, monuments publics, qui constituent bien plus que le décor de notre vie" ("Le Parti pris" ). On trouve ensuite, dans Prafiques d'écriture, cette conclusion-ci: "La beauté (d'une chose quelconque) serait donc à la fois tragique et touchante" (41), c'est-à-dire que certains objets attirent notre attention sur les fautes d'ac- tion qui se trouvent incarnées dans leur forme esthétique. Dans le poème "Le Cageot", par exemple, on trouve que la damnation subie par la caissette en question provient d'une économie de la consomma- tion. "Tout neuf encore, et légèrement ahuri d'être dans une pose mala- droite à la voirie jeté sans retour, cet objet [le cageot] est en somme des plus sypathiques" ("Le Parti pris" 38). Ici la personnification de l'objet rejeté (qui le compare à un jeune amoureux délaissé) dit plus sur les injustices d'une économie humaine (et sur les contradictions économiques que celle-ci im- plique-la quête inassouvissable des produits neufs, le gaspillage, la pollu- tion etc.) que sur la caissette de fruits abandonnée si on la considère en elle- même. Il est révélateur à cet égard que le poème intitulé "Le Morceau de viande" s'occupe moins de la chair de l'animal qui est nommé dans le titre que de la mécanique industrielle qui rend possible la préparation de nos comestibles. Voici le début du poème: "Chaque morceau de viande est une sorte d'usine, moulins et pressoirs à sang. 1 Tubulures, hauts fourneaux, cuves y voisinent avec les marteaux-pilons, les coussins de graisse. / La vapeur y jaillit, bouillante. Des feux sombres ou clairs rougeoient" ("Le Parti pris" 64). Ponge nous offre, en somme, non pas un aliment naturel mais un secteur de notre propre économie industrielle. D'autres exemples de damnation sont les feuilles d'arbres (dans les poèmes "Le Cycle des saisons" et "Faune et flore" ["Le Parti pris" 48, ) qui, chaque printemps, reprennent tou- jours la même forme qu'aux années passées, ou bien la forme transparente, et donc apparamment insignifiante, d'une crevette dans l'eau ("Le Parti pris" 88). Le premier exemple contient une moralité métaphorique fondée sur la syllepse "feuilles" (qui renvoie à la fois aux arbres et aux écrits), et nous retrouvons sa forme abrégée dans la déclaration que "L'on ne sort pas des arbres par les moyens d'arbres'"-ce qui souligne que le projet analogue d'un écrivain qui prétend s'exprimer par un discours sur l'homme est, lui aussi, voué à l'échec. L'individu ne peut sortir du discours périmé sur l'homme que par le truchement des êtres non-humains et chosifiés. Dans "La Crevette" nous découvrons une leçon explicite. "Il ne faut pas (que la comparaison entre les crevettes et des 'idéogrammes indifférents') nous épargne les douleurs sympathiques que la constatation de la vie provoque irrésistiblement en nous", conclut le poète. Comme toute tragédie grecque, certaines moralités pongiennes suscitent donc moins une contemplation esthétique et détachée que la pitié, ou une réintégration du spectateur dans une nouvelle logique des actes qui est contenue en puissance dans le texte poétique. Elles arrivent ainsi à transformer la manière dont les lecteurs justifient leur propre comportement, et à changer peu à peu la vie de ces derniers. Le poète "est aussi un moraliste," déclare Ponge, c'est-a-dire, "un ancien penseur qui s'est fait ouvrier" et qui veut "surtout que l'esprit progresse" ("Pratiquesu 32, 30). Finie l'époque de la métaphysique (et des "penseurs"); nous sommes bel et bien dans la période de l'''activismeU poétique ("Pratiques" 24) où les textes fabriqués par un artisan ont la fonction d'améliorer la vie de ceux qui les utilisent-et de faire ceci d'une façon encore plus efficace que tout appareil technologique qui se vante du même effet. Car là où un nouveau appareil change seulement quelques-uns de nos moyens de vivre, un poème bien fait arrive àen changer nos fins. Il y a deux poèmes de Ponge (dont l'analyse suivra) qui dévoilent à tour de rôle le malheur provenant des actes contradictoires, et le bonheur qui se crée par une action franche et autosuffisante. Il s'agira de "L'Orange" et de "L'Abricot", qui ont paru respectivement dans Le Parti pris des choses () et Pièces (). La première phrase de "L'Orange" contient une comparaison complexe: "Comme dans l'éponge il y a dans l'orange une aspiration à reprendre contenance après avoir subi l'épreuve de l'expression" ("Le Parti pris" 41). A un premier niveau, l'étymologie des mots "aspiration" et "expression" rap- proche les deux actions de presser une orange et de serrer une éponge, mais à un niveau secondaire la violence de ces deux actes est comparée à une certaine notion de la parole comme "épreuve". Selon celle-ci l'acte de parler consiste à exprimer une intériorité quelconque (par exemple une "idée") par le moyen d'une forme extérieure (des signifiants). En soulignant la violence qui résulte d'un tel acte-"Mais où l'éponge réussit toujours (à reprendre contenance), l'orange jamais: car ses cellules ont éclaté, ses tissus se sont déchirésu-Ponge remet en cause la notion de l'expression que l'acte illus- tre. Pourtant, le modèle d'action représenté par l'éponge dans le poème est, lui aussi, sujet à caution. "L'éponge n'est que muscle et se remplit de vent, d'eau propre ou d'eau sale selon: cette gymnastique est ignoble", lisons- nous dans le second paragraphe. Je reviendrai bientôt au sens du mot "gymnastique" dans ce passage, mais notons d'abord la force de l'adjectif "ignoble". Tout comme la mie dans le Seven Preds Head to IIHF World Championship "Le Pain", que Ponge appelle "la mollesse ignoble sous-jacente" ("Le Parti pris" 46), les tissus d'éponge dans "L'Orange" sont la personnification d'un comportement lâche et censuré. Dans ces deux poèmes la surface de l'objet fait contraste avec l'intérieur, qui, lui, se laisse façonner par le consommateur. L'éponge, en d'autres termes, n'a aucune identité puisqu'au lieu d'agir sur les objets voisins elle se plie devant l'influence de ceux-ci. En tant que personnification du com- portement humain, l'éponge illustre donc une forme extrême de la mau- vaise foi: notamment, le refus de l'impératif éthique. Quand on considère que Le Parti pris des choses a paru pour la première fois enl'importance historique de ce refus saute aux yeux. Car le poème "L'Orange" porte explicitement sur toute tragédie d'oppression, où une personne est forcée à agir contre ses intérêts: "L'orange a meilleur goût, mais elle est trop pas- sive,-et ce sacrifice odorant [] c'est faire à l'oppresseur trop bon compte vraiment" ("Le Parti pris" 41). La passivité de l'orange collabore avec la violence d'une force extérieure, et elle fait du fruit non seulement une victime mais un lâche-c'est-à-dire le type de collaborateur qui, comme les éponges, renonce à la responsabilité d'endosser son propre comportement et qui préfère "réjouir son bourreau", ou rationaliser ses actions en termes du bonheur d'autrui. Une telle collaboration ne se limite pas à certains actes commis pendant la Deuxième Guerre mondiale; elle caractérise plutôt Hillary Clinton to headline first public campaign event of 2018 essay personne qui renonce aux conséquences de ses propres actions. (Il ne faut pas oublier, à ce propos, que Ponge a écrit les premières versions du poème en et ) Bien que les conséquences réelles soient de deux ordres distincts, que l'on collabore avec le nazisme ou bien avec un régime de la consommation (en se définissant par rapport à l'opinion que les autres ont de soi), la contradiction actantielle reste la même. Cette contradiction se dégage dans la deuxième moitié du poème, puis- qu'on y trouve une partie du fruit qui lutte contre la passivité ignoble de sa pulpe et l'élasticité de l'écorce: c'est le pépin. Le centre du fruit donne au consommateur-bourreau "la conscience amère d'une expulsion prématurée de pépins" (c'est moi qui souligne). C'est d'ailleurs dans le pépin "que se re- trouvent [] la dureté relative et la verdeur (non d'ailleurs entièrement insipide) du bois, de la branche, de la feuille: somme toute quoique avec certitude la raison d'être du fruit" ("Le Parti pris" 42). Cette "raison d'être" est moins la source d'un fruit qu'un destin particulier qui consiste à protéger, et ensuite àdisséminer, les germes d'une branche nouvelle. Si l'on songe aux poèmes "Le Cycle des saisons" et "Les Trois boutiques" ("Le Parti pris") on reconnaîtra dans ce mouvement des germes vers un avenir hasardeux un résumé de la théorie pongienne des actes qui transfor- ment le monde. Voici la conclusion du deuxième poème: "le destin du bois comporte encore [] une geste, c'est-à-dire l'erreur, le faux pas, et tous les malentendus possibles" (79). Dans son projet de germination et d'accroisse- ment le pépin nous apprend qu'il Hawkings ex-wife slams biopic errors essay tenter des gestes, relever les défis linguistiques ou autres qui nous confrontent, et changer ainsi notre forme de vie. Le fruit de l'oranger se trouve donc à mi-hauteur sur l'échelle abstraite de la grandeur éthique. Tout en bas il y a l'éponge-figure de l'inaction exagérée, et qui contamine à des degrés divers toute une série d'objets pon- giens et spongieux (Derrida 57). "Le Pain", "De l'eau", "La Lessiveuse" et "Le Gymnaste" sont quatre exemples dans cette série. J'ai déjà relevé dans "Le Pain" une opposition fondamentale entre la croûte d'une baguette et la mie, "ce lâche et froid sous-sol [qui] a son tissu pareil à celui des éponges" ("Le Parti pris" 46). La lessiveuse, quant à elle, n'est qu'une machine "emplie d'un amas de tissus ignobles" (Pièces 75). La passivité immorale de ces sub- stances molles se retrouve également dans l'eau, car "on peut faire de [ce liquide] ce que l'on veut," ce qui le transforme en "une véritable esclave" ("Le Parti pris" 62). Ponge avoue le même dégoût pour une figue fraîche, qui n'est "pas si loin de la forme de la poire ou du sac à merde, beaucoup plus de mollesse et de non-résistance qu'il n'est tolérable" ("Comment" 87; Higgins, Francis Ponge ). Dans La Seine le poète revient sur son goût pour les substances résistantes. "Si mon esprit s'est appliqué d'abord aux objets solides, sans doute n'est-ce pas par hasard", déclare-t-il: Je cherchais un étai, une bouée, une balustrade. Plutôt donc qu'un objet liquide ou gazeux devait bien me paraître propice un caillou, un rocher, un tronc d'arbre, voire un brin d'herbe, et enfin n'importe quel objet résistant aux yeux par une forme aux contours définis, et aux autres sens par une densité. ("Tome" ) Un des premiers lecteurs du "Gymnaste" a trouvé dans le poème non pas un homme mais un morceau d'élastique privé du premier attribut humain: la tête (Sartre ). Ce critique n'a pourtant pas remarqué la raison pour laquelle Ponge supprime l'humanité de l'athlète en question. La gym- nastique est ignoble non seulement quand elle est métaphorique Hillary Clinton to headline first public campaign event of 2018 essay le cas de "L'Orange") mais aussi quand elle est littérale, puisque selon Ponge elle présuppose l'assistance d'un public. Autrement dit la valeur de la gym- nastique repose sur sa réception par autrui, et sur l'applaudissement d'une assemblée. Bref, elle est une séduction-d'où l'importance de la coiffure du gymnaste: "une Principal Files Ben Stillers Essay About Prostate Cancer Is Moving But Not Scientific en accroche-cœur" ("Le Parti pris" 65) qui attire les femmes. "Tous les cœurs il dévaste", continue Ponge à propos du bel athlète, "mais se doit d'être chaste et son juron est BASTE!" Il s'agit évidemment d'un juron ironique car au lieu d'être indifférent aux specta- teurs ce gymnaste ne joue que pour eux. Ses bonds et exercices se réduisent à la projection inlassable de son être-pour-autrui. Le poème se termine ainsi: "Pour finir il choit parfois des cintres comme une chenille, mais re- bondit sur pieds, et c'est alors le parangon adulé de la bêtise humaine qui vous salue". Comme l'avait déjà affirmé Valéry, pour être bête il faut bien être deux (Monsieur Teste 49). Mais voici qu'un paradoxe surgit. Il semble bien que tout acte ait besoin d'un public afin de fonctionner en tant qu'acte. Même Sartre avoue l'impos- sibilité d'effacer complètement les traces de l'être-pour-autrui dans nos projets les plus fondamentaux. C'est d'ailleurs pour cette raison que Valéry a pu identifier la mise en acte de la poésie à une performance sexuelle (Charmes, c'est-à-dire Poèmes). Car si la poésie et la sexualité sont des perfor- mances imaginaires à deux, alors elles constituent une gymnastique particu- lière, à laquelle Valéry attachait, d'ailleurs, beaucoup d'importance. "II n'est pas de philosophie qui tienne devant l'exercice propre et la gymnastique de la pensée", lisons-nous dans ses Cahiers (II, ). Les "charmes" poétiques ou autres sont des actes qui exigent la coopération d'un public puisqu'ils produisent pour ce même public l'illusion d'un sens partagé, qui serait à tour de rôle le plaisir esthétique, sportif ou sexuel. Selon Valéry, un tel sens tient du prodige car il n'est fait que d'éléments prosaïques et éphémères (les mots, ou les gestes du corps), qui n'ont rien de spectaculaire en eux-mêmes puisqu'ils sont subjugués la plupart du temps à de menus actes de la vie quotidienne. Néanmoins, à partir de tels éléments, le poète, l'amant et le gymnaste créent des monuments ou des significations spectaculaires-une belle tournure de phrase, ou de corps. Bref, pour Valéry ces trois activités semblent créer quelque chose à partir de rien. Supposons néanmoins qu'il y ait une autre sorte de performance qui consistait précisément à créer rien à partir de quelque chose. Ce serait un acte qui n'engagerait pas le lecteur (ni le spectateur) dans un spectacle de sens qui tournerait à vide. Il s'agirait plutôt d'un acte qui vise simplement la transformation de la personne qui y assiste. Un tel acte ne séduirait pas son spectateur (car il ne détournerait pas celui-ci de son propre cheminement, selon l'étymologie du verbe se-ducere). Il ne chercherait pas l'approbation de son lecteur, mais plutôt "l'approbation de la natureu-une expression clé chez Ponge parce qu'elle est non seulement un des premiers titres auxquels le poète avait songé Donald Trump Twitter Feud Threatens to Ruin the Baldwin Brothers’ Thanksgiving oyotem.info pris des choses, mais aussi une formule qui résume l'unique effet que Ponge cherche à obtenir: notamment, le silence du monde naturel qui tolère tout mais qui en même temps déjoue l'hypocri- sie de la plupart des actions humaines (laquelle se manifeste, par exemple dans "Le Restaurant Lemeunier rue de la Chaussée d'Antinn, "Le Parti pris" ). Dans un passage de Méthodes où il est question de poèmes "capables d'emporter l'approbation" (17), Ponge insiste sur la complexité objective d'une nature qui ne joue pour personne, et qui s'oppose à la mollesse spongieuse des actions-spectacles dans le monde social (Vernier ). "Je tends plutôt à la conviction qu'aux charmes", déclare-t-il plus tard dans le même essai, et il poursuit ainsi son argument: "il s'agit pour moi d'aboutir à des formules claires, et impersonnelles" (42). Produire un rien de spectacle pour aboutir à une éthique, ou écrire une apparence de spectacle qui aurait une valeur nulle, c'est non seulement le projet fondamental duParti pris des choses mais aussi celui de Mallarmé, à propos duquel Ponge écrit dans Proêmes: "Il a créé un outil antilogique. Pour vivre, pour lire et écrire. Contre le gouvernement, les philosophes, les poètes-penseurs. Avec la dureté de leur matière logique [] Plus tard on en viendra à faire servir Mallarmé comme proverbes" ("Le Parti pris" ). Si l'éponge constitue l'extrémité négative dans l'échelle éthique, peut-on préciser la nature de l'autre extrémité dure et résistante? Y a-t-il chez Francis Ponge un être particulier qui est le contraire exact des créatures de mauvaise foi? Cette créature existe, en effet, et on la retrouve dans le poème "L'Abricot". On se rappellera que l'aspect ignoble de "L'Orange" était "l'épreuve de l'expression", qui oppose un signifiant extérieur à un prétendu sens intérieur ou caché. Cette opposition permet non seulement le mensonge (ou le décalage entre un signe et sa signification), mais aussi l'hypocrisie, cette contradiction fondamentale entre les actes d'une seule et même per- sonne. Dès sa première phrase, le poème "L'Abricot" nous offre une tout autre façon d'exister: "La couleur abricot qui d'abord nous contacte, après s'être massée en abondance heureuse et bouclée dans la forme du fruit, s'y trouve essay writing This season’s top 20 non-conference games miracle en tout point de la pulpe aussi fort que la saveur sou- tenue" (Pièces ). Ce qui est vrai pour la couleur du fruit vaut également pour sa consistence. Après avoir noté la douceur de la peau du fruit, Ponge fait la constatation suivante: "le feutre dont je parlais ne dissimule ici aucun bâti de bois blanc, aucune déception, aucun leurre: aucun échaffaudage pour le studio. 1 Non. Sous un tégument des plus fins: moins qu'une peau de pêche: une buée, un rien de matité duveteuse [] nous mordons ici en pleine réalité, accueillante et fraîche" (Pièces ). Deux arguments se dégagent de ce passage. D'abord l'abricot est partout identique à lui-même, il ne contient aucune duplicité, et sa façon d'attirer ses admirateurs est tout àfait franche. "Voici, n'en doutons pas, un fruit pour la main droite", lisons-nous quelques phrases plus tard. Deuxièmement, la franchise figurée du fruit est destinée às'infiltrer chez le consommateur puisqu'elle n'est, en fin de compte, qu'une initiation à un mode de vie humaine selon lequel le sens ne serait pas distinct des actes qui le créent. Ponge définit ce mode d'action par une série de métaphores musicales. L'abricot n'est "jamais qu'une chose petite, ronde", écrit-il, "du- rant au tympanon pendant plusieurs mesures dans la gamme des orangés. 1. Toutefois il s'agit d'une note insistante, majeure. [] Son rinforzando lui est intérieur" (). Ces métaphores soulignent l'intégrité de l'abricot qui, comme une œuvre musicale, est partout identique à elle-même. Un morceau de musique est formellement intégral, c'est-a-dire qu'on peut le reconstruire à partir de chacun de ses morceaux. Elle ne cache rien-et pour cette même raison elle n'a rien à exprimer non plus. Sa structure harmonique encercle l'auditeur dans un filet de cadences qui l'arrache au monde des soucis secrets ou des projets imaginaires-bref au monde du sens. A propos de la musique, Ponge fait remarquer ailleurs que "ce n'est qu'une chose, la signification" et que dans une œuvre musicale, par contre, "Il s'agit [] de sons, mais ce ne sont pas des sons significatifs" (Méthodes ). Ce paradoxe apparent est éclairci par une brève discussion du mythe d'Orphée où nous lisons que "le poète serait celui qui suscite ou ressuscite les choses, les fait bouger, les met en marche (pas contre l'homme, mais à sa suite selon l'harmonie de son chant)". "Rien là de mystique", conclut Ponge ("Pratiques" ). La poésie et la musique ont donc ceci en commun: elles détournent les gens de la logique douloureuse et contraignante qui dicte la plupart de leurs actes. Ces deux arts sont la performance de certaines vibrations sonores dont la valeur est identique aux vibrations mêmes. Une telle performance a pour effet d'initier le public aux vibrations autosuffisantes et analogues de la nature ("la nature a lieu on n'y ajoutera pas", a déclaré Mallarmé []). Cette autosuffisance de la tuchè-ou des choses qui ont lieu, et qui arri- vent non pas pour transmettre un prétendu sens caché, mais simplement pour avoir lieu-une telle autosuffisance des choses donne à l'être humain une leçon de bonheur. "Tous se taisent aux sons de la lyre d'Orphée", écrit Clément Rosset dans son livre L'Objet singulier. Pourtant ce silence n'est pas dû "à une voix douce qui saurait tenir à chacun le langage propre à I'apaiser"; il est dû plutôt "à un son venu d'ailleurs, prodige ou apparition, qui ne parle de rien ni à personne" (Rosset 62). En un mot, la musique et la poésie arrivent parfois à endormir intérêts et passions parce qu'elles dévoilent une logique qui est radicalement différente du régime d'un sens différé ou d'un plaisir par échange (un régime qui fonde justement les intérêts et passions chez l'animal fauve ou chez l'animal humain-chez un lion ou chez un Lacan). Voilà également l'importance de la formule mallarméenne qui résume le projet du Livre-"une explication orphique de la terreJ'-c'est-à- dire une explication qui n'en serait une car au lieu d'expliquer quoi que ce soit la musique (ou la poésie, telle que Mallarmé la construit) s'empare de notre monde d'angoisses et de projets pour le transformer en une tout autre réalité-notamment celle d'une vie qui arrive à absorber tout aspect du réel. "Le monde est fait pour aboutir àun beau livre" non pas parce qu'il se prête à un prétendu mimétisme livresque mais parce qu'il contient déjà ses propres raisons vibratoires, auquel le "beau livre" d'une vie doit sadap- ter. Il résonne tandis que nous autres humains nous ne faisons que rai- sonner-c'est-à-dire remplacer par les jeux de l'esprit l'autosuffisance jubilatoire d'un geste bien fait. Apprendre à vibrer à la manière des poèmes-objets ou des chansons- objets c'est donc apprendre à vivre, selon Ponge, car l'autosuffisance for- melle de ceux-ci nous renvoieà l'autosuffisance éthique qui fonde l'exis- tence humaine (et qui fait que la vie ne peut s'expliquer que par elle-même). Les récentes analyses formelles et sémiotiques de l'œuvre pongienne ont déjà démontré cette cohérence interne des poèmes (voir à cet égard les essais de Riffaterre et Genette). Cependant elles n'ont pas souligné la fonc- tion éthique d'une telle intégrité. Chaque texte de Ponge vise à remettre son lecteur à l'aise au milieu des choses de notre monde: "Il faut remettre l'homme à sa place dans la nature: elle est assez honorable", déclare le poète ("Le Parti pris" ). Le poème y parvient lorsqu'il identifie chaque objet à un rythme spécifique qui apaise le lecteur, en arrachant ce dernier aux vitesses saccadées et entrecoupées de l'économie quotidienne. "Une certaine vibration de la nature s'appelle l'homme" lisons-nous dans Proêmes. Ponge continue: "La notion de l'homme est proche de la Shakespeare Explains the 2016 Election d'équilibre. Une sorte de ludion" ("Le Parti pris" ). Le rhythme particu- lier d'un individu est donc moins une dimension profonde, ou le sens caché, de celui-ci que le cheminement tracé par cette vie particulière quand elle agit sur le monde, et quand elle intègre-et dépasse-les actes d'autrui et les vibrations d'autres êtres non humains qui s'y trouvent incarnés. Tout comme le sens en général, qui ne se trouve pas derrière une série de mots ou de renvois textuels mais qui est la configuration même de tous ces renvois, la logique des actions humaines n'est que l'ensemble de celles-ci, remis dans le contexte d'un cheminement individuel. Donc la question n'est pas de chercher le sens de nos actes mais plutôt de les libérer d'une telle enquête de sorte que nous puissions continuer notre cheminement et assi- miler ainsi notre passé dans de nouveaux projets. L'équilibre dont il est question dans la citation ci-dessus ne relève pas donc d'une immobilité, mais plutôt d'une vibration entre deux extrémités, telle que Aristote l'a définie (b9-b35), et qui caractérise le rythme de vie qui est particulier à chaque individu. C'est en somme la vibration d'un organisme qui vit à l'aise dans son environnement, un état du bonheur, selon Ponge, où l'individu "n'aura pas de souci [] parce qu'il aura trouvé son régime [régime d'un moteur]" ("Le Parti pris" ). A l'instar du mollusque pongien, qui est le héros allégorique des "Notes pour un coquillage", l'animal humain construit sa demeure à partir de ses propres sécrétions, qui sont les mots et les autres actions qu'il fait. Habiter la coquille dont rêve Ponge-et qui est projetée dans le titre même du poème "Notes pour un coquillage (à venir$-c'est habiter une demeure faite en partie par "certains écrivains ou musiciens mesurés, Bach, Rameau, Malherbe, Horace, Mallarmé" ("Le Parti pris" 76). Il s'agit, en somme, de se logerà l'intérieur d'un travail artistique où la distance entre la forme d'une œuvre et la forme d'une vie se réduit à zéro. Faire ainsi une œuvre de sa vie est, néanmoins, un projet plus vaste que les exegi monumentum d'un Valéry, puisque les monuments qui en résultent exigent une réalisation continue. Ce sont, pour ainsi dire, des monuments- partitions qui attendent à être transformés en acte par les générations fu- tures. Tout monument-qu'il soit en pierre ou en mots-perd de l'efficacité au moment où il devient un simple lieu pour la génuflexion. Un monument n'a aucune valeur pour les morts puisqu'il demande à être constamment réinventé dans les actions publiques des vivants. Selon Ponge, ce travail en commun produit un véritable "Louvre de lecture", qui, déclare-t-il, "pourra être habité, après la fin de la race peut-être par d'autres hôtes, quelques singes par exemple, ou quelque oiseau, ou quelque être supérieur" ("Le Parti pris" 77). Cet "être supérieur" n'est-il pas "l'homme nouveau" dont rêve le poète dans Proêmes et qui, selon Ian Higgins, nous pousse à esquisser un nouvel "humanisme" poétique? "L'Homme est à venir. L'homme est i'avenir de l'homme", lit-on vers la fin de ce recueil ("Le Parti pris" ). L'importance de ce projet éthique se résume dans quelques remarques écrites vers la fin de l'essai "My Creative Method": "Du fait seul de vouloir rendre compte du contenu entier de leurs notions, je me fais tirer, par les objets, hors du vieil humanisme, hors de l'homme actuel et en avant de lui. J'ajoute à l'homme les 5 steps to a killer cover letter qualités que je nomme" (Méthodes 42). Tirer des choses Legal notices: Sep 19, 2016 | Legal Notices nouvelles leçons de bonheur est peut-être la meilleure façon pour une œuvre littéraire de relancer le changement perpétuel de soi-même qui caractérise l'animal humain1. 'cet essai se fonde sur deux communications que j'ai données à Dalhousie University et à Ohio State University en automne Je remercie Michael Bishop et Danielle Marx- Scouras qui m'ont invité à ces deux campus, ainsi que tous les individus qui m'ont aidé à clarifier certains aspects de l'argument présenté ici. Aristotle. The Nicornachean Ethics. Trans. David Ross. World's Classics Edition Oxford: Oxford UP, Bonnefis, Philippe, éd. Ponge inventeur et classique: colloque de Cerisy. Paris: U.G.E., collectionDeguy, Michel. jumelages, suivi de Made in USA. Paris: Seuil, collection Fiction et Cie, Derrida, Jacques. "Signéponge", Ponge inventeur et classique: colloque de Cerisy. Paris: U.G.E., collection (): Genette, Gérard. "Le Parti pris des mots", oyotem.info: Seuil, collection Poétique (): Gleize, Jean-Marie, et Bernard Veck. Francis Ponge: "Actes ou Textes". Lille: PU de Lille, coll. Objet, Higgins, Ian, éd. Le Parti pris des choses. London: Athlone Press. Francis Ponge. London: Athlone Press, Jean, Raymond. "Ponge et le plaisir", Ponge inoenteur et classique: colloque de Cerisy. Paris: U.G.E., collection (): Mallarmé, Stéphane. "La Musique et les lettres", auores compiètes. Eds. H. Mondor et oyotem.info-Aubry. Paris: Gallimard, Pléiade (): Ponge, Francis. Tome premier. Paris: Gallimard. Le Parti pris des choses. Paris: PoésielGallimard. Méthodes. Paris: IdéeslGallimard. Pièces. Paris: PoésielGallimard. Comment une figue de paroles et pourquoi. Paris: Flammarion, Collection Digraphe. Nioques de l'Avant-Printemps. Paris: Gallimard. Pratiques d'écritures, ou l'inachèvement perpétuel. Paris: Hermann, Riffaterre, Michael. "Ponge tautologique, ou le fonctionnement du texte", Ponge inventeur et classique: colloque de Cerisy. Paris: U.G.E., collection (): Rosset, Clément. L'Objet singulier. Paris: Minuit, Sartre, Jean-Paul. "L'Homme et les choses", Situations 1. Paris: Gallimard (): Valéry, Paul. Monsieur Teste. Paris: Gallimard, collection L'Imaginaire. Cahiers. Tome II. Ed. Judith Robinson. Paris: Gallimard, Pléiade, Vernier, Richard. "De la Poésie objective à la vénération de la matière: Francis Ponge", Stanford French Review (spring ): Le Gymnaste, ''Le Parti pris des choses'', Francis Ponge. I) Une description-définition: 1) étude du titre: Ponge joue avec Hillary Clinton to headline first public campaign event of 2018 essay titre de son poème, il place les lettres du titre commele Y qui symbolise le sexe masculin. 2) Temps des verbes: 3)Champs lexicaux: corps, vêtements, mouvements, matériel: Nous avons tout d'abord une description physique du gymnaste« il porte lebouc et la moustache » il est « plus rose que nature » il est en plein effort. s'ajoutera à cela une description de ses habits « moulé dans un maillot »,de ses mouvements « bondit,rebondit »et de sonenvironnement « corde ».Ce qui fait la description d'un objet en mouvement . II) Le jeu poétique: 1) Jeu sur le rythme et les sons a. Rythme: i. "Tous les coeurs il dévaste/ mais se doit d'êtrechaste/ et son juron est baste!" ii. "Plus rose que nature/ et moins adroit qu'un singe/ il bondit aux agrès/ saisi d'un zèle pur." oyotem.infotés: i. Rime intérieure: suffixe "aste" (l.6) oyotem.infoérations ou "chaînes" de sonorités. 2) Jeu sur les mots a) Détournement de clichés "malin comme un singe" / "moins adroit qu'un singe"; "accroche coeur"/ "Tous les coeurs il dévaste" = bourreaudes ceurs = parrade sexuelle du gymnaste. b) Jeu sur l'étymologie: latin "inguinem" = "aine" et parties génitales d'où "aine" à "queue" 3) Jeu sur le mot "gymnaste" a) G: lettre G : moustache,bouc = force, virilité b) Y: Y majuscule = organe avantageux c) M: moustache, mèche, moulé, maillot + forme du poème d) N: "aine" e) ASTE: "gymnaste" l.6; "dévaste"; "chaste"; "baste" f) "ilbondit aux agrès saisi d'un zèle pur" III) Un objet humain: l'humour et la satire: Le gymnaste est déshumanisé il fait en sorte qu'il tende vers l'animal avec un champ lexical se rapportant auxanimaux «bouc, singe, ver, chenille » de plus il y associe le vocabulaire gestuel des animaux avec les termes «bondit, rebondit » 1) La comparaison a) "comme son G"; "comme son Y" b) "comme un ver" ;

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